Pilule bleue, miracle ou symptôme culturel ?

Pour un homme, être capable de se montrer sûr de soi et efficace au lit est un élément clé de l’équilibre existentiel. Qui n’a pas un jour redouté d’avoir un coup de mou au moment le plus importun ? Qui n’a jamais craint que l’on n’interprétât son manque d’endurance comme un signe de précocité ? Ces faiblesses, si elles n’ont la plupart du temps rien d’anormal, sont toujours un vecteur de gêne, voire de désarroi profond au sein du couple. Mais l’invention en 1992 du citrate de sildénafil, qui deviendrait bientôt la célèbre pilule bleue, changea à tout jamais le cours des choses.

Petite histoire du Viagra

Le terme Viagra n’est autre que le nom commercial donné au sildénafil, un élément chimique sur les propriétés duquel un groupe de chercheurs américains de la société Pfizer (basée au Royaume-Uni) s’était penché en vue d’un traitement contre l’angine de poitrine. Bref, en un mot plutôt qu’en cent, la découverte de la pilule bleue fut bel et bien… accidentelle !

Sûrs qu’ils étaient de leur coup et arrivés au point culminant de leur étude, nos scientifiques réunirent un panel test de cobayes. Leur objectif était de prouver que le citrate de sildénafil accentue l’irrigation sanguine du myocarde, diminuant ainsi la pression artérielle, symptôme propre aux angines de poitrine. Ce faisant, le test s’avéra un échec cuisant sur toute la ligne. Leurs calculs et leurs hypothèses furent balayés du tableau les uns à la suite des autres.

C’était clair et net : le sildénafil ne servait à rien. Pourtant, chose curieuse, un certain nombre de cobayes, pour ne pas dire un nombre certain, se montra réfractaire à une restitution en bonne et due forme des petites pilules bleues qui leur avaient été distribuées au début du test. Tous étaient des hommes. Et ils ne voulaient plus s’en séparer !

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Interpellés, les chercheurs posèrent la question : qu’est-ce que cette pilule bleue avait bien pu leur faire pour qu’ils aient ainsi tant de mal à s’en séparer ? La réponse fut claire et sans appel. Ces braves hommes étaient semble-t-il tous devenus, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, des bêtes de sexe, rien que ça. Alors, pas si inutile que ça, la petite chose !

Les chercheurs modifièrent leurs plans. Le médicament pour l’irrigation du myocarde devint un médicament pour lutter contre le dysfonctionnement érectile. Ils donnèrent à leur progéniture inattendue un nom inspiré du mot « vigor », qui signifie « vigueur » en anglais, et du nom Niagara, en référence aux puissantes chutes du Niagara.

Ainsi naquit le Viagra. Finalement approuvée en mars 1998 par le Département des denrées alimentaires et des médicaments des États-Unis, la pilule bleue fit une entrée triomphale sur le marché. La première semaine, 247 666 ventes furent enregistrées. Love was in the air !

De la pilule bleue dans la culture

Aujourd’hui, le mot Viagra est sur toutes les lèvres. Que ce soit au détour d’une conversation entre amis, sur le tournage d’un film pornographique, dans une chanson populaire ou dans l’intimité d’une chambre aux lumières tamisées, il n’existe plus de vrai tabou propre à son usage.

Alors oui, un homme peut avoir du mal à avouer à sa nouvelle petite amie qu’il en consomme, mais comprenons-le, il n’a pas envie de la laisser penser qu’elle ne l’excite pas ! Et puis, dans un couple qui se connait et qui se fait confiance, l’amélioration des performances sexuelles par un biais aussi inoffensif n’a aucune raison d’être mal perçue.

En revanche, utiliser la pilule bleue avant un certain âge peut générer une certaine forme de pression. Un homme jeune se demandera plus probablement s’il est normal qu’il ait besoin d’avoir recours au Viagra, quand tout autour de lui d’autres hommes de son âge possèdent une excellente santé physique et sexuelle et n’ont pas à se soucier de dysfonctionnements.

De manière plus générale, je pense qu’il est tout à fait possible de se demander si le Viagra n’a pas tendance à véhiculer – notamment par le biais de la pornographie – une image du sexe purement axée sur la performance, qui donnerait ainsi aux hommes manquant de confiance en eux l’impression de ne pas être dans la norme et/ou d’avoir un problème érectile alors qu’ils n’en ont pas.

Quoi qu’il en soit et quoi qu’on en pense, le petit losange bleu n’a pas fini de faire parler de lui !

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